jeudi 8 juin 2006

Giulio Prandi a Pavia : un J-Ch. Spinosi italien


A Pavia, quatrième saison de concerts au Collegio Ghislieri,  attiré par la réputation du chef, Giulio Prandi, 29 ans. Or le 29 mai dernier ce jeune directeur musical italien dirigeait  l'« Arion Choir & Consort » dans des cantates de Stradella. 

Giulio Prandi : le Spinosi italien !
C’est avec étonnement que, dès les premières notes, une allure bondissante, souple mais nerveuse, chorégraphiée et pleine de respirations, a rappelé ce que l’on a entendu chez le très réputé Spinozi.
Ce fut admirable de voir le même engagement physique de tout l’orchestre en osmose avec la main passionnée du chef. Il y a dans cette réussite une part de « sympathie », un savoir-faire en communication avec ses interprètes. On sait d’emblée que si les jeunes chanteurs sont des orateurs, c’est parce qu’ils ont compris et vénéré la leçon de leur chef. Lui-même chante en « play-back » donnant toute sa voix pour les entraîner dans cette voie. Si donc l’Arion Choir est valeureux et ductile, c’est parce que Giulio Prandi en a fait de l’or. Si d’excellents instrumentistes, tels Paola Erdas ou Jorge Alberto Guerrero (mais il faudrait tous les citer) et surtout le Maestro Riccardo Ristori, basse virtuose et déclamante, merveille de la langue italienne, sont là, c’est parce qu’ils soutiennent cette perle. D’ailleurs pour Riccardo Ristori, Giulio Prandi ne fait-il pas de son orchestre un tapis d’accompagnement ? Et cela ne rappelle-t-il pas les attentions d’un Spinozi à l’affût des moindres fluctuations de ses stars invitées ? A n’en pas douter, ce soir, l’ombre du génie de Stradella était accompagnée d’un double. 

Un jeune s’engage pour les jeunes
A l’aube d’une brillante carrière, Giulio Prandi, touche d’autant plus le coeur qu’il fait acte de courage, accompagne à pleine main sa jeune troupe et la pousse avec enthousiasme sur la scène comme ces deux « âmes », la jeune Valentina Argentieri, soprano - sa toute première prestation et déjà une oratrice ! - et Alessandro Nuccio, basse fraîche, deux enfants sous la protection de l’Ange, Susanna Crespo Held, chevronnée soprano ; et surtout deux agneaux menacées par Lucifer, Riccardo Ristori : c’était la cantate « Esule dalle sfere », toute pleine aussi du chœur des âmes, l’Arion Choir. Cet engagement d’un jeune pour les jeunes n’est pas le seul que nous connaissons : Antoine Landowski créateur du trio Chausson réussit avec succès la même ligne de conduite dans son festival sur Beaulieu.


De la supériorité des chanteurs italiens dans leur langue
Revenons encore à la prestation de Riccardo Ristori qui fut le protagoniste en entrée de concert dans la cantate « Crudo, mar di fiamme orribili », œuvre agitée de doubles croches impressionnantes. Dans la biographie de cet artiste raffiné, en plus de sa présence sur les théâtres d’Europe, on distingue sa création des « Concerti grossi all’ara degli ulivi » de Sylvano Bussotti : son souffle précis se prête effectivement aussi bien aux mélismes baroques qu’aux grandes phrases dodécaphoniques du compositeur contemporain. Pourquoi en France n’entend-on pas Ristori ? 
A-t-on peur de réaliser que l’on a encore beaucoup à apprendre en matière de récitatif italien ? Ralenti, véhémence... autant de traits fulgurants qui n’étaient pas évidents dans la langue de Stradella.
 

Stradella et Charpentier sont jumeaux
Quelques mots sur les œuvres. Ces cantates sont sœurs d’œuvres de Marc-Antoine Charpentier, notamment dans les ritournelles de violons qui dialoguent et enrobent le soliste. Disons mieux : Charpentier (1645-1704), élève de Carissimi, est frère en écriture de Stradella (1644-1682), qui, romain, a subi lui aussi l’influence de Carissimi (1605-1674) pour la  simplicité mélodique. Classique, il a appris de lui que la virtuosité doit toujours être au service de l’émotion et du mot juste. Baroque, il oublia peut être l’économie qui fait la fulgurance du Maître, mais grâce à ses prouesses vocales envahissantes, il atteint une somptuosité sans maniérisme à l’opposé de Mazzocchi (1592-165) qui cherche l’étrangeté harmonique et mélismatique. Ceci pour bien le situer dans la galerie des anciens compositeurs, ce qui n’est pas toujours évident.  


La saison du Collegio Ghislieri suscite l’enthousiasme de la jeunesse
Concluons sur l’engagement sympathique de l'Arion Choir & Consort pour sa saison dans l’église dépouillée du Collegio Ghislieri (elle servit de  caserne pour les troupes de Napoléon et la restauration évoque par un ocre plus soutenu l’ombre rococo des chapiteaux disparus). La directrice artistique en est Maria Caecilia Farina, organiste du groupe. Une charmante accompagnatrice rappelait en début de concert l’engagement du groupe dans les œuvres bienfaitrices – sur le dépliant un concert est lié à la lutte contre la leucémie.Une présentation extrêmement soignée permet de suivre le texte des cantates sur un écran géant : les airs et récitatifs se déroulent ornementés de beaux tableaux, à ce jour initiative unique, d'autant plus heureuse. 


Derniers concerts de cette saison : « Mozartiamo » à la découverte de la planète Mozart, le 13 juin à 21 heures et le « Gloria » de Vivaldi sous la direction de Giulio Prandi, le 23 juin à 21 heures. 

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